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Archive pour décembre 2007

Pays Basque sur les ondes

Pour une fois, France Inter sort du cliché et offre une “autre” vision du Pays Basque. Comme quoi, quand un journaliste veut bien se donner la peine de chercher l’info… Manu Robles Arangiz Fundazioa, EHZ, Lurrama, Enbata, tout y est ou presque.

les podcasts enregistrés sur le site de la fondation Manu Robles Arangiz

Colonna à l’échaffaud !!!

Yvan Colonna condanné, Romain Dupuis non-lieu. Yvan tu t’es trompé dans ton plan d’attaque, fallait décapiter Erignac ! Comme quoi au 20ème siècle, il vaut mieux être un fou monstrueux, qu’un lâche terroriste…

Las Vegas in Aragon

Aprés l’OTAN, le Gouvernement aragonais souhaite investir dans le jeu. Il vient de signer un projet de “complexe touristique” type Las Vegas avec International Leisure Development (groupe Tranchant). Gran Scala s’implantera d’ici 2010 dans les Monegros près de Saragosse. Un projet qui divise déjà les “pros” qui y voient une manne financière (qui permettrait notamment de faire travailler la main-d’oeuvre de l’après expo-2008) et les “anti” qui y voient le spectre du loisir de masse et une menace écologique. Surtout au niveau de la gestion de l’eau, ce qui nécessiterai de ressortir des cartons le dossier “barrage de Biscarrués“.

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Le blog Caetera

Txomin Heguy répond à Sud-Ouest

Suite à un article de Jacky Sanudo paru le 9 décembre 2007 dans le quotidien Sud-Ouest, Txomin Heguy répond par une lettre ouverte

Bordeaux, le 10 décembre 2007.

A monsieur Jacky Sanudo, envoyé spécial,

A son interlocuteur Mikel,

A la rédaction du quotidien Sud Ouest,

Je tiens à réagir à la une de Sud Ouest dimanche du 9 décembre 2007 « ETA, ces commandos nés dans la rue » ainsi qu’au reportage en pages intérieures intitulé « ETA, l’école de la rue ».

En tant que basque de citoyenneté française, instituteur de la république durant 14 années, premier directeur de l’Institut Culturel Basque durant 7 ans et artiste professionnel depuis 10 ans, j’ai été profondément choqué et blessé par la tonalité générale détestable de cet article, la teneur de certains propos prêtant le flanc à tous les amalgames, l’aspect exécrable de cette information spectacle répondant émotionnellement à une actualité grave et dramatique.

Certes et malheureusement, l’ETA n’est pas une fiction. Je ne nie pas non plus l’histoire et la réalité de la « kale borroka ». Mais de la à dire que celle-ci est assimilable aujourd’hui, je cite, à des « violences presque quotidiennes en pays basque », c’est de la désinformation pure et simple. Pour bien connaître les ruelles du vieux St Sébastien ainsi que bon nombre de villes du Gipuzkoa, de Biscaye ou d’ailleurs en Pays basque, je puis affirmer que l’on peut y déambuler ou aller manger quelques tapas entre amis sans craindre d’être agressé, à chaque carrefour, par les actes de vandalisme de la « kale borroka ».

De plus, retranscrire les propos d’un certain Mikel tels que , je cite encore, « la kale borroka naît à l’école » et singulièrement « dans les ikastolas où tout l’enseignement est dispensé en euskara », c’est un amalgamme odieux de nature diffamatoire. Pour avoir scolarisé mes enfants dans ces écoles existantes aussi sur le territoire français , de la maternelle à l’université, je puis témoigner que les équipes pédagogiques qui travaillent au sein de ce système éducatif agissent avec compétence, dans un esprit de laïcité et d’ouverture irréprochables, et concernant les miens, ils ne les ont pas potentiellement formatés terroristes. Que certains d’entre eux aient des convictions politiques d’obédience nationalistes « light » ou plus « engagées», soit. Mais considérer qu’ils assimilent leur rôle d’enseignant à celui de propagateur ou d’instructeur, cela m’apparaît un raccourci obscène et indécent .

De plus, affirmer que les ikastolas sont des écoles où tout l’enseignement est dispensé en basque est archi faux. Créées dans les années 1960, en pleine période de la dictature franquiste en Pays basque espagnol et à partir de 1969 en pays basque français par des parents pionniers, inquiets de la pérennité de la langue basque, les ikastolas développent un système éducatif basée sur l’immersion totale dans une langue jusqu’à l’apprentissage de la lecture et l’écriture, à savoir l’âge de 7-8 ans. En l’occurrence, la langue basque en ce qui concerne les ikastolas. A partir de là, l’espagnol et le français sont introduits en tant que langue d’apprentissage et d’enseignement dans certaines matières. Dès l’âge de 10 ans, les enfants qui suivent ce type d’enseignement sont donc bilingues. Les ikastolas sont , depuis de nombreuses années, à la pointe de l’innovation pédagogique. Elles ont, entre autres, développé , en relation avec des mouvements de la société civile, tels Elkarri, oeuvrant pour le dialogue et la paix en pays Basque, tout un programme d’éducation civique à la non violence à l’école par l’élaboration d’outils pédagogiques adaptés qui, bien sur, ne déclenchera jamais un grand intérêt médiatique. Elles ont été aussi très influencées, en d’autres périodes, par des idées neuves en matière de pédagogie comme celles de l’école Freinet par exemple. Mais ne nous égarons pas dans des références qui peuvent aujourd’hui apparaître comme faisant partie de la préhistoire des sciences de l’éducation.

Ce réseau éducatif a connu un essort considérable en Pays basque, notamment côté espagnol par l’officialisation de la langue basquequi est une réalité depuis plus de vingt ans, au sein de la Communauté Autonome d’Euskadi ainsi que sur une partie de la Communauté Forale de Navarre. Il en constitue la filière D d’enseignement et bon nombre d’ikastolas ont rejoint de nos jours le système public d’éducation et sont à ce titre non payantes. Elles scolarisent dans certaines zones du Gipuzkoa et de la Biscaye la très grande majorité des enfants en primaire, non pas par « peur du harcèlement ou du qu’en dira-t-on » mais parce que son système d’enseignement est plébiscité aujourd’hui par une grande partie de la population. C’est très grandement grâce à leur remarquable action qu’un processus de récupération de la langue basque par la jeune génération s’est résolument engagé, notamment en pays basque espagnol.

Que des jeunes rejoignant encore aujourd’hui la dérive de la lutte violente en Pays basque soient passés à moment donné de leur scolarité sur les bancs d’une ikastola, cela ne paraît pas évidemment pas impossible, vu qu’ils sont plutôt nombreux à s’y être assis. Mais affirmer dans un journal sérieux tel Sud Ouest qu’ils y ont trouvé là, embrigadés par les « andereños»*, la genèse de leur engagement, c’est une assertion d’une grave irresponsabilité. En poursuivant dans cette logique, ne peut-on proclamer alors, que les poussées de violences dans les banlieux françaises sont le fait de jeunes influencés dans les écoles des zones d’éducation prioritaires par des professeurs gauchistes poussant à la révolte anticapitaliste ?

Enfin, passage épique de cet article, l’entraînement militaire des jeunes basques venus d’Espagne dans des « bunkers » situés en Iparralde, en Pays basque français donc, sans doute à deux pas de chez moi. « Stage » pouvant regrouper une « trentaine de lionceaux » sur une période de « quinze jours ». Référence : « ETA, une histoire » chez Denoël Impacts, par Florencio Dominguez Iribarren de l’agence Vasco Press. Je n’ai pas lu cet ouvrage. Je ne sais pas à quelle période de l’histoire de l’ETA cela fait allusion, je ne connais pas la validité de ces informations. Mais si cela est vrai, si cela est récent et si cela perdure, j’aurai instinctivement envie de poser la question : que fait donc la police française, si peu nombreuse par chez nous, et pas du tout aidée par la police espagnole ? N’a-t-on pas les moyens d’investigation nécessaires aujourd’hui pour repérer un camp d’entraînement de cette nature dans le massif d’Iraty, dans la forêt des Arbailles ou dans le Petit Bayonne ? Ou ces mêmes moyens sont-ils aussi performants que ceux utilisés par d’autres pour détecter les armes de destruction massive en Irak ?

Je m’en tiendrai à ces quelques remarques sur cet article déplorable. Pour conclure, je dois vous dire que j’ai découvert ce reportage en me rendant au Théâtre National de Bordeaux en Aquitaine pour y jouer « kaukasiar kreazko borobila, le cercle de craie caucasien* » de Bertolt Brecht en langue basque, surtitré en français . Spectacle créé il y a deux ans par la compagnie des Chimères de Biarritz et Pok Produkzioa de St Sébastien, regroupant 24 comédiens, comédiennes, musiciens et techniciens d’origine basque, espagnole française, africaine, cubaine. Une aventure humaine et artistique hors du commun, déclenchant en et hors Pays basque, l’enthousiasme général du public. Ce Pays basque-là, celui de l’affirmation ferme de soi dans l’ouverture, l’accueil, le respect et la main tendu à l’autre existe aussi. Mais celui-là ne fait pas la une médiatique de Sud Ouest dimanche, ni ne remplit deux de ses pages intérieures.

Sans haine et sans violence.

Txomin Heguy

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